|
|
Il était une fois, quelque part, dans le lieu le plus à l’Ouest, un petit bout de monde merveilleux. Là-bas, les gens vivaient. Ils vivaient de la mer. Il n’y avait pas de policiers, car il n’y avait pas besoin de policiers. Il n’y avait que des amis, des voisins, des familles… Et la mer à côté. De temps à autre, la mer attrapait l’un d’eux. C’était ça le malheur. Sans doute le seul.
Un beau jour, un Homme est arrivé. On l'appelait l'Homme, car c'était son nom. L'Homme vit combien ce pays était bon, et il décida de s’y installer. Comme il n’avait rien, des amis, des voisins, des familles l’ont accueilli. Pendant 10 ans. Dans ce nul part coupé du monde, personne ne connaît vraiment le sens du mot étranger. Alors l’Homme est devenu l’un d’eux.
Un beau jour, l’Homme a réalisé combien la nature était belle, ici. Il a quitté le foyer de ses amis, ses voisins, ses familles, pour s’installer au plus près de la mer. Il a abandonné ses vêtements pour mieux ressentir le soleil de l’été sur sa peau et la morsure du froid de l’hiver. Il s’est construit une petite cabane au milieu des rochers, face à l’océan. Là, il a composé avec la nature. Des pierres, des feuilles, des morceaux de bois, des reflets de lumière, des nuages, et un peu de vent. Il a créé. Non pas le musée de l’Homme, mais le musée de la nature. Une ode à la vie. A la beauté aussi.
Les amis, les voisins, les familles venaient le voir. Lui apporter des cadeaux, discuter, contempler avec lui, se ressourcer, s’arrêter de tout, et reprendre vie. L’Homme était là pour tout le monde, tout un chacun. Il n’avait rien à offrir, sinon du temps à partager, et sa vision du monde. L’essentiel.
Un mardi, jour maudit, un bateau naviguait au large. Un bateau lourd et noir, barré par ces "autres". Ceux qui n’étaient pas d’ici. Ceux qui ne comprennent rien à rien. Ceux qui regardent pour convoiter et dominer. Ceux qui croient qu’il faut avoir pour être. Ceux qui courent pour échapper au temps.
Fatalement, devant la beauté du bout du monde de l'Homme, le bateau a coulé. Malheureusement. Le bateau a vomi tout son ventre noir et lourd, saccageant tout ce qu’il y avait de beau, tout ce que l’Homme avait su mettre en lumière, et montrer aux amis, aux voisins, aux familles.
Tout ce qui était lumière est devenu noir, recouvert par une nuit épaisse et collante. Il ne restait plus rien de beau, plus rien de bon. Désespéré, l’Homme pleura pendant quarante jours et quarante nuits. Le quarantièmement jour, ses amis, ses voisins, ses familles retrouvèrent son corps. Mort de chagrin
Manfred MAN (c’est son nom) est
mort le 28 décembre 2002. Le jour des Saints Innocents.
Le nauvrage du prestige est le thème d'une chanson de Crétonnerre,un groupe fameux de ma région la Gaume.

|